Rubén, régénérer la terre, un geste à la fois.
- Quentin Gustot
- 16 avr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 avr.

Rubén Pilco est le frère de Juan Patricio. Il vit et travaille sur la Chacra Andina avec toute la famille, dans cet espace de vie commune que les Pico Hipo ont construit patiemment depuis plus de vingt ans. Comme les autres, il est arrivé ici avec une histoire, des mains, et une conviction.
Son attention se porte entre autre sur ce qui est en dessous, ce qui est invisible, ce qui conditionne tout le reste : le sol. Ce que l'on ne voit pas depuis le chemin, ce que les visiteurs ne remarquent pas forcément en premier, mais sans quoi rien de ce qui pousse ici ne serait possible. Rubén restaure, régénère, observe les résultats et recommence. Il associe des espèces natives des Andes : aliso kichwa, puma maqui, tilo, saule, acacias, avec des fruitiers comme l'avocat, le noyer, le chapulin.
Il crée des haies brise-vent, introduit des plantes de la côte et de l'Amazonie là où le microclimat le permet désormais, un microclimat que la famille a elle-même construit, arbre après arbre, au fil des années.
"On a fait beaucoup d'expériences ici. On a vu les résultats. Ça fonctionne."
Une phrase sans emphase. Juste le constat calme de quelqu'un qui travaille dans la durée et qui a appris à faire confiance au temps long. Pas de raccourcis, pas de solutions miracles. De l'observation, de la patience, et la certitude que la nature fait bien les choses quand on lui en donne les moyens.
Pour Rubén, ce qui se passe sur la Chacra Andina dépasse largement le cadre d'une ferme familiale. C'est une contribution concrète, modeste mais réelle, à quelque chose de bien plus grand. En restaurant les sols, en préservant la microdiversité, les oiseaux, les insectes, les micro-organismes qui travaillent en silence sous la surface, la famille participe à sa façon à la lutte contre le réchauffement climatique. Pas avec des discours. Avec des actes, des graines, et du temps.
Il le dit sans grandiloquence, comme une évidence tranquille : "Le champ est la médecine du paysan." Ici, on ne dépend pas de la ville. On prend ce dont on a besoin dans la ferme, pour les humains, pour les animaux. Ce qui manque, on va le chercher. Ce qui est là, on le partage.
Il y a dans les mots de Rubén quelque chose qui résume bien l'esprit général de la Chacra Andina : l'idée que ce qui se fait ici n'est pas pour eux seuls. Que régénérer un sol, sauvegarder une espèce, créer un refuge pour les oiseaux dans un paysage appauvri, c'est aussi laisser un témoignage. Montrer que c'est possible. Que sur un petit bout de terre, avec peu de moyens et beaucoup de constance, on peut aller à contre-courant et construire quelque chose qui tient.
Un geste local. Une portée qui va bien au-delà.





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